Roman

Avec un subtil sens de l’ellipse, François Caillat fait glisser son narrateur vers la folie, dans un vertige absolument romanesque. LE MONDE

Tout aussi enchanteur et mystérieux qu’on pouvait l’espérer. SUD-OUEST

Commencé sous les auspices de Patrick Modiano avant de se diriger calmement vers les vertiges de l’obsession, le premier roman d’un cinéaste. LIBERATION

François Caillat tisse un suspense où l’absurde et la fascination s’élancent et s’enlacent pour mieux nous mener, haletants, au dénouement inattendu. CULTURE/ GRAND EST


Présentation

 

« La vraie vie de Cécile G. » est un roman de François  Caillat, paru en septembre 2021 aux éditions Gallimard (collection l’Infini).

Extrait

(Premier chapitre)

 

J’ai rencontré Cécile G. en 1964. C’était à la fin du printemps. Elle traversait le boulevard, en face de la Rotonde du Parc Monceau. Elle a pris la rue Logelbach, l’a remontée sur une centaine de mètres, puis est entrée dans un immeuble où elle a disparu. Je me suis approché pour noter le numéro.

Les jours suivants, je suis retourné plusieurs fois voir si je la trouverais. Je me postais dans la Rotonde, à demi caché sous les arcades, je surveillais la grande allée du Parc et les rues menant au carrefour.

Un après-midi, je me suis approché de l’immeuble, au numéro 35 où je l’avais vue entrer. J’ai scruté les étages, craignant qu’elle ouvre soudain une fenêtre. J’aurais voulu qu’elle soit là mais ignore ma présence.

Je suis retourné en soirée pour observer l’immeuble. J’espérais qu’elle surgirait dans la lumière d’un appartement, derrière un rideau ou penchée à la fenêtre car c’était l’été. Mais elle n’est pas venue et l’été a passé.

À la rentrée, j’avais changé de classe et je traînais souvent avec un nouvel ami, Jean-Guillaume. Il était mauvais élève et portait des chaussures de marque Weston, massives, en cuir marron. Il prétendait que c’était une bonne affaire, elles duraient toute la vie. Je n’avais pas des idées aussi précises sur mon avenir et les chaussures que je porterais quand je serais adulte. Nous avions quatorze ans.

C’était l’automne et je retrouvais l’atmosphère si particulière du Parc en cette saison. Le soleil de fin d’après-midi se perdait dans les arbres. Des tas de feuilles mortes s’accumulaient devant les ruines en bordure de l’étang. Mais le Parc ne m’intéressait plus comme autrefois. Quelques années plus tôt ces lieux avaient servi de camp d’entraînement à la bande de garnements que je menais. Nous ramassions des marrons dans des cageots et entreposions notre butin dans les fourrés.

Un jour que j’étais là avec Jean-Guillaume après l’école, nous l’avons vue venir dans la grande allée. Elle marchait lentement, un cartable à la main, semblable à une apparition. Elle est passée sans nous regarder et s’est éloignée vers la Rotonde. Après un moment d’hésitation, nous l’avons suivie à bonne distance. Elle a traversé le boulevard puis remonté la rue Logelbach, avant de disparaître dans l’immeuble du numéro 35. Nous n’avons pas osé nous approcher trop près.

Les jours suivants nous avons beaucoup parlé d’elle, nous n’étions pas d’accord. Jean-Guillaume affirmait qu’elle était brune et je me souvenais qu’elle était blonde. Il pensait qu’elle avait dix-huit ans et je la voyais plutôt de notre âge. Un soir, il a fini par affirmer qu’elle n’était pas très belle et nous nous sommes quittés fâchés.

Plusieurs fois je suis revenu seul à cet endroit. La nuit tombait et je longeais lentement la grande allée, d’un bout à l’autre du Parc, feignant de m’intéresser aux arbres et aux nuages. Je craignais d’être arrêté par un gardien qui me suspecterait de préparer un mauvais coup. La jeune fille ne venait pas et j’attendais de plus en plus tard dans l’obscurité, jusqu’à ce que j’entende siffler la fermeture. Je croisais les derniers promeneurs qui se pressaient, je détournais les yeux et j’espérais encore.

Quand je rentrais chez moi, mes parents s’étonnaient de mon retard, ils s’inquiétaient facilement.

Un jour que j’étais avec Jean-Guillaume à discuter sur un banc, elle est passée à côté de nous. Elle nous a frôlés, s’est retournée pour murmurer une excuse et s’est vite éloignée. Nous n’avons pas bougé. J’étais trop fier pour montrer que cette jeune fille me bouleversait. Elle était blonde, très blonde. Jean-Guillaume a fait une moue de dégoût. À partir de ce jour, j’ai décidé de ne plus jamais aller au Parc avec lui.

Une semaine plus tard j’avais fait mon enquête. Elle vivait dans cet immeuble du numéro 35, je l’avais vue entrer un soir et ressortir vêtue différemment le matin. Quelquefois elle changeait de coiffure, tenait les cheveux relevés puis le lendemain les gardait détachés. Je m’habituais à sa vie, à ses transformations, aux détails qui la rendaient si vivante et pleine de variété. Je me disais qu’elle agissait pour moi. Elle me faisait des signes, elle envoyait des messages secrets à mon intention.

Un jour je l’ai vue arriver dans une voiture décapotable. Une voiture de sport comme on en voyait dans les films de l’époque, L’homme de Rio ou Goldfinger. Le conducteur portait des lunettes noires, il avait au moins trente ans. Je me suis forcé à penser qu’il était trop vieux pour être son amoureux. Quand j’ai remarqué qu’il était dégarni, ça m’a rassuré, j’ai décidé que c’était son père.

Elle est entrée dans l’immeuble sans un regard vers moi, j’étais sûr qu’elle m’avait repéré. J’étais furieux. Je n’avais pas de voiture de sport pour mériter son attention.

C’était le printemps et je les voyais souvent passer dans la décapotable. Ils remontaient lentement la rue, comme pour une procession. Elle laissait pendre son bras à la fenêtre. Son père était fier de s’afficher avec une fille si jolie dans sa voiture de sport.

Bientôt je n’ai plus cherché à me cacher. Quand elle sortait de son immeuble, j’étais posté en face. Si elle marchait dans la rue, je m’arrêtais pour la regarder. Je m’arrangeais toujours pour rester sur le trottoir opposé. Je ne sais pas ce qui serait arrivé si nous nous étions retrouvés face à face.

Le soir, j’allais sous ses fenêtres pour observer. Je savais qu’elle habitait au quatrième étage, je l’avais surprise qui regardait dehors. L’appartement semblait grand mais je n’avais jamais aperçu quelqu’un d’autre à l’intérieur. J’en déduisais qu’elle vivait seule avec son père. Sa mère était morte ou partie habiter ailleurs. Cette idée de les savoir tous les deux seuls dans l’appartement ne me plaisait pas du tout.

Peu à peu elle a commencé à me lancer des regards. Une ou deux fois elle s’est tournée vers moi, qui attendais sur le trottoir opposé, elle m’a dévisagé d’un air contrarié puis est repartie d’un pas vif. Un jour qu’elle passait en face, elle a soudain traversé la rue pour se retrouver devant moi, elle a ralenti, elle attendait que je la rejoigne. J’ai ralenti à mon tour et nous nous sommes suivis d’un pas traînant, à vingt mètres l’un derrière l’autre.

C’est arrivé un jour que je revenais de l’école, dans la grande allée du Parc. Soudain elle était là, devant moi, je ne pouvais pas l’éviter. J’aurais voulu m’enfuir, elle m’empêchait de passer. Elle m’a

demandé pourquoi je la suivais sans parler, il était temps que je me décide. Je crois que je suis devenu très rouge, j’ai vite répondu qu’on pourrait se revoir, j’irais la retrouver le jeudi suivant, à quinze heures devant la Rotonde. Elle m’a souri et elle s’est écartée pour me laisser passer. Je suis vite reparti.

J’ai renoué avec Jean-Guillaume. Je lui ai parlé du rendez-vous, je voulais un conseil. Il m’a proposé de venir avec moi pour faciliter la rencontre. J’ai trouvé que c’était une bonne idée, on serait mieux à deux pour faire la conversation. Il m’a demandé comment elle s’appelait et j’ai réalisé qu’elle ne me l’avait pas dit.

Quand nous sommes arrivés au rendez-vous, j’ai tout de suite vu qu’elle était mécontente. Elle a regardé Jean-Guillaume d’un air pincé et s’est excusée, elle devait aussitôt repartir. Elle nous a laissés comme deux idiots, moi avec des phrases que j’avais préparées, Jean-Guillaume avec ses belles chaussures qui allaient lui durer toute la vie.

Je devais prendre mon courage à deux mains, lui parler seul à seul. J’ai pensé aux jeunes gens qu’on voyait dans les films, ils abordaient les filles, ils les faisaient rire avec des bavardages et leur prenaient la main. Même pour les embrasser, ça paraissait facile. J’étais décidé à faire comme eux. Si je savais m’y prendre, elle deviendrait mon amoureuse.

Je l’ai abordée devant chez elle, c’était le matin, j’attendais qu’elle sorte et je lui ai parlé. Je me suis excusé d’être venu avec Jean-Guillaume. Elle a ri, elle m’a dit On n’a pas besoin de surveillant. Elle m’a demandé mon nom, j’ai murmuré Denis en rougissant, elle m’a touché l’épaule, un petit geste, et elle est vite partie.

Après, tout est allé facilement. J’ai appris qu’elle s’appelait Cécile. Son père était architecte, sa mère ne vivait plus là, ils avaient divorcé. Elle s’exprimait comme une adulte, elle était très sûre d’elle. Tout ce qu’elle disait, j’étais d’accord.

Elle m’a parlé du film Jeux interdits qui passait dans le quartier, l’histoire d’une fillette orpheline durant la Deuxième Guerre mondiale. Nous sommes allés au cinéma de la rue Legendre. La séance durait longtemps. Il y avait les actualités, un entracte, un spectacle de cracheur de feu, enfin le grand film. Nous étions côte à côte dans la salle presque vide. Quand les avions allemands ont mitraillé la route et tué les parents de la fillette, Cécile avait les larmes aux yeux. Elle a posé sa tête sur mon épaule et n’a plus bougé. Je n’osais pas l’enlacer, ni la consoler. J’aurais voulu l’embrasser, c’était impossible.

La suite est restée incertaine dans ma tête. Je me souviens d’une autre rencontre. Cécile était comme moi en classe de troisième. Elle devait faire durant le mois de juillet un séjour scolaire en Angleterre, à Plymouth. Par une coïncidence incroyable, je devais suivre un cours de langue là-bas au même moment. Nous avons décidé de nous retrouver. J’étais optimiste, je pensais qu’une vraie histoire d’amour naîtrait enfin. Ce que je n’avais pas su faire à Paris, je le réussirais à Plymouth.

Je lui ai laissé l’adresse de ma famille anglaise.

Ce qui est arrivé, c’est que nous ne nous sommes pas retrouvés à Plymouth. Elle n’a pas écrit pour venir me rejoindre. Et à la rentrée, elle n’est plus jamais apparue aux alentours du Parc Monceau ni dans la rue Logelbach. Je ne l’avais même pas embrassée et l’histoire s’arrêtait. J’ai pensé que ça valait mieux. C’était de ma faute, je n’avais pas eu assez de courage.

Peu après j’ai quitté mon collège pour continuer mes études au lycée Chaptal, à l’autre bout du quartier. Je ne venais plus du côté du Parc. J’avais de nouveaux amis, mes préoccupations avaient changé.

 

 

 

Edition

 

(remplissage en cours)

À propos du livre

EN COURS

(remplissage en cours)

 

L’avis des lecteurs

Les lecteurs écrivent

sur le site de Babelio :
https://www.babelio.com/livres/Caillat-La-vraie-vie-de-Cecile-G/1337604

sur le site de Bibiomedia :
https://ste-croix.ebibliomedia.ch/resources/613307c72357946751fe2c78

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Librairie Delamain (Paris) :
Delamain aime. Qui n’a jamais rêvé d’avoir une deuxième chance avec son amour de jeunesse ? C’est le cas de Denis, sauf que…
Un récit captivant sur l’obsession amoureuse, le poids du passé et le pouvoir de la subjectivité. Avec pour le lecteur une sensation de vertige grandissante, au bord de l’abîme, jusqu’à la révélation finale…
Puissamment romanesque, terriblement addictif, redoutablement efficace !!

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Rencontres et signatures en librairie :
Librairie Maruani (Paris 13), novembre 21
Librairie Equipages (Paris 20), Janvier 22

Photos

Dans la presse

LE MONDE
Fabrice Gabriel

Avec un subtil sens de l’ellipse, François Caillat fait glisser son narrateur vers la folie, dans un vertige absolument romanesque.

Cette impure fiction

La vraie vie de Cécile G. est un premier roman d’autant plus intriguant que son auteur n’est pas un inconnu : François Caillat, né en 1951, s’est largement distingué comme réalisateur de films, en particulier de documentaires liés à sa formation première de philosophe (ainsi par exemple de Foucault contre lui-même, en 2014). Cela, pourtant, ne dit rien de son livre, absolument original, qui tranche un peu parmi les publications d’automne : voilà en effet un bien étrange et très élégant roman policier en miroir, où l’enquêteur, sans évidemment s’en apercevoir, cherche d’abord la vérité sur lui-même, dans une prose aux allures sèches, très habile dans l’ellipse, d’une efficacité narquoise assez épatante.
La vraie vie de Cécile G. raconte ainsi l’existence de son narrateur, Denis, un homme dont on ignore – c’est tant mieux – quelles relations lointainement autobiographiques il pourrait entretenir avec l’auteur, mais dont on devine qu’il a surtout une ascendance livresque… D’où vient-il ? Peut-être est-il le cousin des personnages et fantômes de Patrick Modiano, se dit-on dès les premières pages : comme pour eux, son quartier est parisien, c’est le 17e arrondissement autour du parc Monceau, dans le périmètre de la place des Ternes, des boulevards de Courcelles ou Malesherbes, avec l’espèce de poésie songeuse, vaguement détachée, que cela peut inspirer. C’est là, en tout cas, que Denis est collégien et il rencontre la Cécile du titre, au milieu des années 1960 : coup de foudre préadolescent, timidité de tout jeune homme, histoire d’amour qui peut commencer peut-être dans l’hésitation d’un baiser de cinéma… Mais Denis est décidément trop peu entreprenant, et devra attendre l’été pour retrouver la jeune fille en Angleterre, à Plymouth, où tous deux ont prévu de séjourner pour les vacances. Il ne s’y verront jamais. Cecile soudain disparaît, en effet : elle semble avoir déménagé de l’appartement de la rue de Logelbach où le narrateur guettait ses apparitions, et ne donne plus aucune nouvelle.
The (young) lady vanishes, pourrait-on dire, pour paraphraser un titre de Hitchcock (Une femme disparaît, 1938) : tout le roman va se confondre, à partir d’une telle absence, avec la vie d’un homme qui essaye de rattraper le rendez-vous manqué de sa jeunesse, de retrouver ainsi la disparue, d’abord par intermittence, puisque au fond il « vit sa vie », travaille, se marie, devient père, s’essaie même à l’écriture et revoit parfois son ancien camarade de collège Jean-Guillaume, extraordinaire personnage secondaire que l’on a l’impression d’avoir rencontré soi-même, l’un de ces copains d’enfance un peu bruyants aux tables des brasseries… Puis la quête se fait plus obsessionnelle, et le roman bascule de la rêverie à l’enquête fantasmatique : nous voilà plutôt, s’il faut prolonger l’analogie hitchcockienne, du côté de Vertigo.
Et c’est là que La vraie de Cécile G. se révèle une mécanique fictionnelle proprement fantastique : à coups de séquences brèves, qui ont l’apparence parfois de simples notations, François Caillat réusit à créer un climat d’étrangeté et même de folie progressive dans la dérive de son narrateur vers ce qui serait le secret de son existence entière : un mystère levé, une identité à quérir, l’inconnue radicale d’une vérité toujours remise. Le roman empreinte alors, parfois avec humour, les ressorts archétypaux du pur suspense – détective privé compris – pour filer vers sa fin en forme de choc, en tout cas de révélation surprise. Bien sûr, on n’en dira rien, mais il faut insister sur l’espèce de dextérité ironique de l’écrivain, qui réussit à mêler au fil serré d’une intrigue singulière le vertige éminemment romanesque d’une réflexion sur la fiction. La « vraie vie » de Cécile G. n’a guère d’importance, en définitive, en dehors de la littérature qui en imagine le cours et d’une certaine façon l’invente, jusqu’au délire, dans le désir maniaque de voir se produire ce que la réalité n’a pu offrir, ou que l’on n’a pas su lui dérober. Sans doute est-ce aussi pour cela que nous lisons des livres, en particulier celui de François Caillat, avec un plaisir un peu trouble, mais immense.

Fabrice Gabriel
LE MONDE DES LIVRES
jeudi 11/ vendredi 12 octobre 2021.

 

LIBERATION
Claire Devarrieux

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Le narrateur, Denis, rencontre Cecile j’ai en 1964, du côté du parc Monceau. Ils ont 13 ans. Il n’oublie jamais ce premier amour et au fil du temps, revient souvent 35, rue Logelbach, où elle habite. Il enseigne l’histoire à des collégiens, elle est devenue mannequin, ce n’est pas le même monde. À 40 ans, il trouve enfin un équilibre en changeant de métier et en épousant une Albanaise qui croit en ses dons d’écrivain. Ils ont une fille. Cecile est mariée, elle a un petit garçon qu’elle a appelé Denis. Serait-il enfin possible qu’ils avancent « dans la vie d’un même pas » ?
Commencé sous les auspices de Patrick Modiano avant de se diriger calmement vers les vertiges de l’obsession le premier roman d’un cinéaste.

 

Claire Devarrieux
LIBERATION
10 octobre 2021

SUD-OUEST
Olivier Mony

 

Le cinéaste et réalisateur François Caillat fait avec « La vraie vie de Cécile G. » son entrée en littérature

Denis rencontre Cécile, une histoire sans fin

Il a beau faire partie de la troupe désordonnée et batailleuse des primo-romanciers de cette rentrée, François Caillat n’est pas à proprement parler « un perdreau de l’année » ni surtout un inconnu total des amoureux de littérature. Considéré comme l’un des documentaristes les plus essentiels de ce temps, auteur de films autour de figures aussi importantes que Foucault, Le Clézio, Kristeva (entre autres), voici qu’il se lance bravement dans l’arène romanesque avec ce « La vraie vie de Cécile G. » qui s’avère tout aussi enchanteur et mystérieux qu’on pouvait l’espérer.

Obsession

1964, Paris. Le narrateur, Denis, adolescent, rencontre Cécile, une voisine, qu’il n’ose pas vraiment aborder, mais dont il devine qu’elle sera quelque chose comme « la femme de sa vie ». Ils vont (une fois) au cinéma ensemble, mais le très jeune homme est trop paralysé par sa timidité pour profiter de la situation… Qu’importe, par un hasard heureux, un séjour linguistique doit leur permettre de se retrouver tous deux en Angleterre, à Plymouth, l’été suivant. Cécile ne sera pas au rendez-vous, mais Denis ne s’en tiendra pas là. Il ne cessera de la chercher, la trouver, la perdre à nouveau, la frôler. Une femme est passée et il ne s’y résout pas. Il aura une vie, un mariage, un enfant, un divorce ; mais seul compte vraiment le fantôme plus ou moins évanescent de cette Cécile qu’il traque sans trêve. Jusqu’à découvrir que celle-ci a aussi eu un enfant et lui a donné son prénom…

Avec cette « Vraie vie de Cécile G. », aux accents parfois modianesques (Paris, les souvenirs impromptus, le tremblé du réel…), François Caillat fait malgré tout, moins le portrait d’un «regretteur d’hier» que celui d’un homme mû et bientôt débordé par son obsession. Une obsession à la fois amoureuse, mais aussi érotomane. Son Denis est perdu à jamais dans les corridors du temps comme dans cette « image initiale » d’une jeune femme qui le demeure à jamais dans ses yeux. Le retour à la vérité sera rude, mais l’entrée en littérature de l’auteur, elle, est passionnante.

Olivier Mony
SUD-OUEST
10 septembre 21

     

     

    CULTURE/ GRAND  EST
    Valérie Susset

    .

    Le premier roman de François Caillat est une pépite. À lire d’une traite, tant le cinéaste, né en 1951 et Villerupt (54), également agrégé de philosophie, a su y mettre tout le talent qu’on lui connaît pour la réalisation de films. « C’est un peu l’envers (fictionnel) d’Une jeunesse amoureus», confie-t-il d’ailleurs, à l’évocation de ce formidable film sorti en 2012 sur les écrans. Une onirique et bouleversante histoire d’éducation sentimentale au rythme d’une flânerie dans le Paris des années 1970, à laquelle on pense forcément au fil des pages de La vraie vie de Cecile G. Même ville, même époque. Celle où l’absence d’internet et de téléphones portables poussait le curseur de l’imagination au maximum si l’on voulait rester en contact avec une personne aimée.

    Denis rencontre Cecile en 1964. Ils sont collégiens. Il passe et repasse devant chez elle. Un jour, elle le frôle au parc Monceau, mais il n’ose pas lui parler. De la même façon qu’il n’osera pas l’embrasser lorsqu’elle lui proposera de l’accompagner au cinéma pour voir Jeux interdits. Il mise tout sur un séjour à Plymouth où elle ne le rejoindra finalement pas… mais il ne cessera plus jamais de vivre secrètement avec elle.

    De cette quête obsédante, François Caillat tisse un suspense où l’absurde et la fascination s’élancent et s’enlacent pour mieux nous mener, haletants, au dénouement inattendu.

     

    Valérie Susset
    CULTURE/ Grand Est – LE MAG
    Supplément du dimanche :
    L’EST REPUBLICAIN,
    LE REPUBLICAIN LORRAIN
    VOSGES MATIN.
    7 novembre 2021

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