Bienvenue à Bataville

Evocation insolite et stylisée d’une utopie patronale (Le Monde)
Un univers concentrationnaire dont les barreaux seraient peints en bleu ciel (L’Humanité)
Un coup de maître, un bijou
(Liaisons sociales)
Le film qu’on attendait sur la fin du travail (Libération)
Un documentaire comme on n’a pas l’habitude d’en voir (Zerodeconduite)

Synopsis

En Lorraine, dans un coin perdu de la Moselle, une expérience économique et sociale inédite voit le jour à partir de 1932. Tomas Bata, l’homme qui veut « chausser l’humanité », décide de créer un laboratoire de la modernité. Son projet s’appelle “Bataville” : une usine de chaussures, une cité modèle, une communauté de vie. Le film remet en scène cette utopie patronale et raconte les dérives du paternalisme batavillois.
Une fable burlesque sur le bonheur obligatoire, où les anciens ouvriers jouent leur propre rôle.

…………..

PRESENTATION DU FILM

En 1931, la famille Bata implante au sud de la Moselle, en pleine campagne, une usine de chaussures ultra-moderne. Autour de l’entreprise, elle crée Bataville, cité modèle pour travailleurs modèles. Sous l’œil d’un patron omniprésent, trois générations vont vivre et travailler dans cet univers clos. François Caillat propose une visite de cette utopie patronale, sous la conduite fictionnelle de Tomas Bata lui-même, le père fondateur.
Documentaire tourné comme une fiction, le film ne montre pas l’usine et la cité dans leur état d’abandon actuel mais en pleine gloire, telles qu’elles se présentaient dans les décennies prospères de l’après-guerre. Ou plutôt telles que le patron voulait les voir. A la manière d’une parade de cirque, défilent les témoins de cette histoire trop merveilleuse pour être honnête. Recrutées très jeunes, soumises à des cadences éprouvantes et payées à la tâche, les ouvrières travaillaient très dur mais, disent-elles, avec plaisir. Même tonalité nostalgique chez les autres « anciens », qui décrivent un monde juste et tranquille où les efforts étaient récompensés. L’ancien chef du personnel, clé de voûte de cette gestion paternaliste, raconte comment il « huilait » les rapports sociaux – fêtes, fanfares, compétitions sportives – et pourchassait les « mauvais esprits ». Reste au spectateur à tirer les leçons de cette fable grinçante sur un bonheur factice et mortifère.

Bande-annonce et extrait du film

Fiche technique

 

Titre original : « BIENVENUE À BATAVILLE »
Titre anglais : « Welcome to Bataville »
90’, couleur, stéréo, 2007, France

Scénario et réalisation : François Caillat
Voix de Thomas Bata
Version française : dite par Jean-Marie Galey
Version anglaise : dite par Michaël Lonsdale

Musique : Pascal Comelade
Musique pour chœurs et arrangements : Jean-Christophe Marti

Image : Jacques Besse
Son : Stephan Bauer, Jean-Jacques Faure, Gilles Guigue, Myriam René
Montage : Sophie Brunet, assistée de Manuel Manzano
Mixage : Philippe Grivel

Conseillère artistique : Silvia Radelli
Conseiller historique : Alain Gatti

Format de tournage :
Beta num et super 8
16/9

Co-production :
Unlimited (Philippe Avril)
Les Films Hatari (Michel Klein)
Ina Gérald Collas)

Avec la participation de :
Centre National de la Cinématographie, Ministère de la Culture et de la Communication, Programme MEDIA, Media Plus, Direction de l’Architecture et du Patrimoine, Région Lorraine, Région Alsace, Studio Orlando, CUS Communauté urbaine de Strasboirg, DRAC Lorraine

ISAN : 0000-0001-8D3D-0000-7-0000-0000-G
Visa d’exploitation cinématographique : 109.946 (2007)
Première sortie en salle : 2007

Supports disponibles à la programmation :
DCP, Beta num, DVD, fichiers

Langues disponibles : français, anglais

Entretiens sur l’utopie

Une utopie à Bataville

À quel prix doit-on payer l'utopie ?

Entretien avec François Caillat
mené par Jean Roy, pour le journal “L’’Humanité”.

À travers l’histoire des chaussures Bata et de la méconnue Bataville, le réalisateur François Caillat s’attache à un formidable exemple de capitalisme familial paternaliste.
Le documentaire, quand il est réussi, présente cette vertu de toujours donner envie d’y voir plus loin. D’où l’impérieuse nécessité de rencontrer François Caillat pour lui parler de Bataville. Chose faite il y a quelques jours à Paris pour notre plus grand bonheur et, on l’espère, celui du lecteur, dans l’unique regret de n’avoir pu rendre compte intégralement d’une discussion aussi riche que passionnante.

Jean Roy : Pourquoi Bataville ?

François Caillat : Je voulais traiter d’un sujet lié à l’économie en Lorraine. J’avais déjà fait deux films dans cette région dont je suis originaire. Je ne connaissais pas très bien l’histoire au départ. Il y avait là une ampleur que je n’imaginais pas, comme je n’imaginais pas son caractère exemplaire. On peut parler d’autre chose que de la petite chose dont on parle. Ici, cela parle de la Lorraine mais on n’y reste pas, sans pour autant la quitter. Au départ, je n’avais pas une intention affirmée avec une thèse qu’il suffisait d’illustrer mais une intuition de désir, sans avoir la masse des connaissances et de leurs développements. Par ailleurs, tout le monde connaît les chaussures Bata mais pas Bataville, d’où l’intérêt, même s’il existe d’autres cas de capitalisme familial, Michelin, les aciéries De Wendel aussi en Lorraine, ou Boussac.

Quel est ce lieu ?

François Caillat : C’est un endroit qui réunit de manière parfaite tous les ingrédients de l’histoire, un concept assez abouti. Je me suis concentré sur la période des années cinquante et soixante, qui est l’apogée du système, de l’utopie patronale et aussi bien sûr de l’exploitation. Ensuite, cela se délite. C’est un lieu où il y avait beaucoup de distractions culturelles et de possibilités de faire du sport. Il y avait l’harmonie musicale, le bal, sachant que la culture formatrice était dans les écoles de formation. J’ai découvert l’existence d’un historien qui a écrit une monographie de sept cents pages sur le sujet. Aujourd’hui, c’est un endroit de perdition totale sur lequel on ne tombe pas spontanément alors que l’aventure de Bataville commence en 1931 et qu’elle avait même été précédée par son équivalent à Zlin, en République tchèque, d’où provenait Bata.
Idéologiquement, c’est du pain bénit. Le système est complètement verrouillé et attractif, d’où le sentiment des gens qui ont vécu là-bas. Mais quand les choses ont commencé à se déliter, c’est très vite devenu une entreprise comme une autre puis une faillite comme une autre. La blessure narcissique a été totale. On avait tenu à ces gens un discours tel qu’il n’a même pas été remis en question mais abandonné du jour au lendemain. Et, du moment où c’est devenu une entreprise comme une autre, les frontalités sociales sont apparues comme ailleurs. Bataville est un film sur l’aliénation.

Et pratiquement…

François Caillat : Bataville, c’est deux mille cinq cents employés, ouvriers et cadres dans une même entreprise. Une famille sur trois habitait à Bataville, qui n’avait pas été conçu pour loger tout le monde. Le contremaître décidait qui pouvait y habiter, donc la partie méritante. Pour les autres, ils venaient de partout, même d’Allemagne, car les salaires étaient supérieurs d’un tiers à ceux de la région. Il y avait un système de ramassage avec une trentaine de cars. Cela n’empêche pas qu’au départ l’endroit est assez peu connu. Nous sommes dans la Moselle agricole, sans aucune tradition ouvrière et syndicale. C’est un lieu très arriéré dans les années trente, un endroit où on peut façonner un homme nouveau, d’où l’idée de le prendre aussi vierge que possible. À cette époque, les Bata ont eu du mal à s’implanter et il y a même eu une loi anti-Bata. Après, ils sont devenus indélogeables. Alors qu’ils n’avaient jamais respecté la législation du travail, et ce en période de plein-emploi, ils ont été très soutenus. Pierre Messmer était là en voisin comme maire de Sarrebourg et, comme on le voit dans le film, à la moindre cérémonie il y avait le préfet.
Il y avait une formation maison à la fabrication de la chaussure maison qui empêchait de trouver du travail ailleurs, et les syndicats étaient refusés. Songez qu’à Bataville il n’y a pas eu de grèves en 1936 et pratiquement pas en 1968. Puis, en 1985, est arrivée la concurrence italienne et seulement en 1990 les grandes luttes syndicales alors que l’entreprise périclite, avec une violence extrême qui est un peu le meurtre du père tant les ouvriers se sont sentis complètement trahis. D’où un film difficile à faire puisqu’il fallait mettre en avant deux choses totalement antagonistes, se faire exploiter et être heureux dans le système dans une sorte de donnant-donnant pas vécu explicitement. C’est une tradition dans le documentaire de s’intéresser au monde de l’entreprise et du travail, de donner une parole à ceux qui en sont privés. Là repose l’espèce d’humanisme des documentaristes. Donc les films travaillent la question de l’exploitation, mais très peu la question de l’aliénation. Or, ici, songez que le 1er Mai est la fête de l’usine ! Je trouve plus difficile de parler de cela.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

François Caillat : C’est un site industriel à étages, vide, car actuellement on préfère le plain-pied. Les bâtiments sont très beaux. Quand à la cité, elle vit cahin-caha et tout le reste a disparu. Des moutons paissent sur le terrain de foot et la piscine a été remblayée l’an dernier. Il y a eu une petite tentative de reprise avec trois cents ouvriers mais elle n’a duré que trois ans. La liquidation a été totalement organisée, dans un système de chute progressif, ce qui n’empêche pas que Bata se porte plutôt bien aujourd’hui. C’est un groupe de droit canadien qui fait dans la finance et délocalise en Afrique et en Asie. Sur les trois générations, on a à la tête de la première un cordonnier qui a une vision et fabrique un empire. Le fils fait du commerce et le petit-fils fait de la finance. Je ne raconte pas l’histoire sur soixante-dix ans mais elle est passionnante.
Ce qui m’intéresse est comment un projet devient utopie, qui, pour se réaliser, aboutit à devenir totalement coercitif. Je vois qu’on a encore besoin d’utopie mais à quel prix doit-on payer l’utopie ? On a proposé à ces gens bien plus que du travail, une participation à une mission collective civilisatrice. Le frère du premier Bata a postulé au prix Nobel. Il voulait chausser l’humanité entière. Dans les années trente, cela veut dire quelque chose. Il a été le premier à amener le caoutchouc en Lorraine, la faisant passer du sabot au caoutchouc, et c’est pour soulager l’humanité qu’il a fait les ponchos en caoutchouc pendant la guerre. Le Corbusier a voulu construire Bataville, y est allé sur ses deniers et a produit un projet avec barres et autoroute. Cela n’a pas marché parce que Bata préférait le concept de cité-jardin et sans doute avait-il raison. Si Bata périclite dans les années quatre-vingt, c’est parce que la clientèle mal chaussée n’existe plus et, quand il part en Afrique, c’est parce qu’il y a là-bas une clientèle pieds nus, pas juste pour délocaliser. Soit donc ce qu’on appelle le « bataïsme », un mélange de messianisme et d’un système très autoritaire avec, aussi, beaucoup de manipulation.

Pourquoi avoir qualifié le film de « fable documentaire » ?

François Caillat : C’est un film particulier dont le traitement manie plusieurs registres. Dans le film, tout est vrai sauf la voix de Bata, mais ce qu’il dit est pris dans ses discours. L’approche classique est renversée. C’est un patron qui parle. Le système se décrivant lui-même s’écroule de lui-même. Voir ce que dit le chef du personnel, qui a aujourd’hui quatre-vingt-quatorze ans et est entré chez Bata en 1933 comme aide-comptable : « Ce que veulent les gens, c’est être dirigés. » C’est formidable parce qu’il énonce avec beaucoup de clarté toute la marche du système. J’ai un certain respect pour lui car il a bien vu ce que je faisais et il a joué le jeu, il s’est exposé. C’est l’histoire d’une balle, d’un système fermé pseudo-parfait sans contradiction. L’harmonie gère les rapports entre les êtres, ce qui vient du socialisme utopique du dix-neuvième siècle avec Fourier et Saint-Simon, mais avec l’ajout du taylorisme, la division du travail, le capitalisme fordien. Bata est un antimarxiste convaincu qui n’est pas partisan de la confrontation comme moteur de l’histoire.

Entretien réalisé par Jean Roy, “L’Humanité”, mercredi 19 novembre 2008, n° 19942

Intentions de l’auteur

Pourquoi je suis venu à Bataville...

L’origine de mon film Bienvenue à Bataville est issue d’une énigme.

Depuis longtemps, lorsque je traversais cette bourgade de Moselle, je me demandais par quel hasard se trouvait construite là cette cité moderniste, style années 30, faite de jardinets coquets et pavillons en briques rouges, sans ressemblance aucune avec les villes ou villages lorrains avoisinants. Bataville, par son allure, semblait appartenir à un autre univers, comme une curiosité, une lubie d’architecte, une réalisation futuriste qui tranchait avec la Lorraine champêtre au style si reconnaissable.

De fait, je connaissais bien cette Lorraine mosellane pour y avoir déjà tourné deux films de long-métrage, diffusés sur Arte. La Quatrième génération (1996) racontait la saga de ma famille dans cette région, à travers une aventure à la fois personnelle (les trois générations de ma famille), économique (les forêts et scieries de mes aïeux, aujourd’hui disparues) et nationale (les incidences des annexions allemandes) ; Trois Soldats allemands (2001) reprenait certains éléments de cette histoire familiale pour évoquer, plus largement, le destin misérable et tragique des Mosellans contraints, comme les Alsaciens, de porter l’uniforme allemand durant les deux guerres mondiales.

Pour ces deux films, situés dans le même périmètre régional, j’avais fait de nombreux tournages dans les villages et bourgs, champs et forêts, et j’avais acquis une assez grande familiarité avec le décor. Or, parfois, durant mes repérages ou en allant d’un lieu de tournage à l’autre, il m’arrivait de traverser cette énigmatique bourgade de Bataville. D’où sortait cette cité moderne, construite en plein milieu des champs, à mi-chemin de villages d’antan aux architectures campagnardes ? Certes, je me doutais que l’appellation du lieu venait du nom du fabricant « Bata », et je me souvenais avoir porté moi-même des chaussures Bata quand j’étais petit. Je savais aussi que l’usine tournait encore, quoique’au ralenti, et je pouvais voir les travailleurs qui venaient ou repartaient du site. Mais je n’en savais pas vraiment plus. De fait, rien ne m’y menait quand je suivais l’histoire économique de ma famille, liée à l’industrie du bois, ni quand je m’intéressais aux problèmes d’identité créés ici par les guerres franco-allemandes.

Un jour, la curiosité l’a emporté…

J’ai découvert que la cité faisait partie d’une réalisation plus vaste. Que les maisons et les bâtiments de l’usine n’étaient que la partie visible d’un projet plus grandiose, conçu en 1930 comme un rêve patronal utopique. En me documentant sur ce projet, en découvrant son histoire durant soixante-dix ans, j’ai compris pourquoi la traversée de Bataville m’avait toujours tant étonné ; pourquoi cette bourgade ne ressemblait à rien dans la région, avec sa construction en cité-jardin et ses maisons aux toits plats ; pourquoi, en somme, Bataville était une sorte de concept importé de toutes pièces, une excroissance inexpliquée, une pure invention. Tout simplement parce que le projet du fondateur Tomas Bata consistait à créer un monde inédit et forger un homme nouveau, dans un décor qui ne s’y était alors jamais prêté.

Bata avait voulu que sa ville soit si nouvelle qu’elle ne ressemble à rien. Et c’est cette nouveauté, visible, palpable, qui m’a intrigué au point de vouloir en faire un film.

Par la suite, l’histoire de Bienvenue à Bataville m’a entraîné, presque malgré moi, là où je ne savais encore que j’irais : dans la description d’un système aliénant, dans un monde fait de récompenses et de coercitions, au cœur d’un dispositif paternaliste à l’excès.

François Caillat

Le spectacle d'une bulle

Dans Bienvenue à Bataville, j’ai voulu raconter l’histoire d’une bulle : un monde parfait, un système idéal, une utopie patronale dont l’âge d’or nous replonge dans les années 1950/60. Bataville est le nom donné à la cité créée par Tomas Bata, le célèbre industriel de la chaussure tchèque, arrivé en Lorraine avant-guerre. En s’installant dans un coin de Moselle où n’existaient jusqu’alors ni traditions industrielles ni culture syndicale, Tomas Bata a voulu forger de toutes pièces un site qui lui serait entièrement dévolu, loin des influences contraires à la mission qu’il se fixait.

De cette création ex nihilo est née l’idée d’une bulle harmonieuse, intégrant tous les ingrédients d’une “ vie Bata ” réussie. Ainsi Tomas Bata a-t-il disposé autour de son usine les différents modules de son projet : cité pour loger les ouvriers (bâtiments modernes et fonctionnels dans une architecture de cité-jardin), centres d’apprentissage (école et formation professionnelle), équipements sportifs de haut niveau (piscine et stade, avec performances en foot et basket de niveau national), lieux de divertissement et convivialité (cinéma, salle des fêtes avec orchestres prestigieux et fanfare locale), etc.

En intégrant tous ces services destinés à accompagner le batavillois de sa naissance jusqu’à sa mort, Tomas Bata a organisé un système à la fois attractif et terriblement contraignant. Certes la conception du site visait au bonheur de tous, mais sa finalité ultime restait la fabrication de la chaussure Bata à meilleur prix. Dans ce monde trop parfait, toutes les critiques étaient écartées et les récalcitrants impitoyablement chassés. Le système, performant et rigide, a très bien fonctionné durant plus de soixante ans. Son apogée, coïncidant avec les Trente Glorieuses françaises, s’est située durant les deux décennies 1950 et 1960 évoquées dans le film. Bataville représentait alors un modèle inégalé de réussite industrielle (Bata était le premier fabriquant national de chaussures), de collectivité sociale (à travers les rites et usages de la vie batavilloise), et de culture idéologique maison, appuyée sur un corpus de textes et discours régulièrement remis à jour : le bataïsme.

Le film nous fait découvrir cette époque joyeuse, où chacun contribuait avec ardeur au bonheur de l’entreprise. On écoutera, sans doute avec quelque étonnement, cette ouvrière raconter sourire aux lèvres quel fut son plaisir à fabriquer onze millions de chaussures en quelques années sur sa machine bruyante ; on entendra le chef du personnel rappeler avec fierté comment “ ses ” employés venaient le trouver pour régler leurs problèmes domestiques, illustrant cette maxime fondatrice de l’entreprise : “ Le personnel, ce qu’il veut, c’est être dirigé ” ; on découvrira les témoignages et souvenirs de tous ceux-là qui ne regrettent rien…

Le film explore cette époque en pointant ses évidentes contradictions : comment pouvait-on être heureux dans un environnement quotidien si normé ? Comment conservait-on un espace de liberté personnelle dans ce monde totalement créé à l’image de son fondateur et maître Tomas Bata ? Comment pouvait-on vivre, des années durant, sous la coupe d’un tel paternaliste ? Voilà bien le paradoxe que ce film veut découvrir et mettre en scène : la soumission plus ou moins consentie, la “ servitude volontaire ” dont parlait autrefois E. de La Boëtie, l’aliénation où se conjuguent le bonheur et l’exploitation.

De cet exemple batavillois, le film espère faire un paradigme. D’autres exemples sont en effet nombreux, tout au long du XXème siècle, où une adhésion collective enthousiaste s’est mise au service de principes discutables. Les idéologies ne sont pas seules en cause. Il faut se demander comment des millions de gens ont pu participer, avec tant de ferveur et de conviction, à des systèmes qui finissaient par les broyer. Comment la volonté collective de partager des projets communs a pu se muer en entreprise totalitaire et destructrice.

Si l’aventure de Bataville ne s’est pas terminée en désastre national, la fermeture définitive du site en 2001 a plongé des milliers de familles dans la misère et le désarroi. Elle a signifié que les meilleures intentions patronales, mêmes lorsqu’elles sont mises en œuvre par des hommes de la trempe de Tomas Bata, finissent par buter sur l’injustice sociale. A Bataville, il ne suffisait pas de fabriquer des chaussures dans la joie quotidienne, il eût fallu aussi que le bonheur ne soit pas promu au bénéfice ultime du patron.

François Caillat

Le film vu par…

Le film vu par... Nicolas Philibert, cinéaste

NICOLAS PHILIBERT : « APPROCHEZ, APPROCHEZ »

Approchez, approchez ! Par ici Messieurs Dames… Bienvenue en Moselle ! Bienvenue à Bataville ! Venez voir ce qui reste de l’empire de Bata, le roi de la chaussure, le patron à la Papa ! Approchez, approchez ! Par ici Messieurs Dames… Venez voir comment on vivait chez Bata, l’homme qui voulait faire le bonheur des ouvriers, qui voulait rendre service à l’Humanité ! Approchez, approchez ! Bienvenue à Bataville : ses ateliers, ses ouvrières, son chef du personnel ! De l’ordre et du respect, le goût de l’effort et du rendement ! Deux mille paires de chaussures par jour ! Bravo Madame, bonheur et prospérité ! Parti de rien, Bata ! Oui, Monsieur ! Un bâtisseur, un philosophe, un inventeur ! La cité idéale ! Ah, la salle des fêtes ! La buvette ! La fanfare ! Ah, la piscine en plein air, le terrain de basket, le tennis, le foot… Une jeunesse forte et saine, des corps vigoureux ! Et aussi la coopérative, le cinéma, les premiers flirts, l’amour et un jour le mariage, oui Monsieur ! Une vie simple, toute tracée, bien droite. Les lotissements, la naissance des enfants, les balançoires, les bacs à sable. Bata a tout prévu. Le bonheur à portée de la main ! Les banquets, les discours, les remises de médailles… Allez, allez, dépêchez-vous, ça va commencer ! Vous aimez Jacques Tati ? Vous aimerez Bataville ! Venez voir le merveilleux film de François Caillat, venez voir le monde à travers les yeux de Bata.

Nicolas Philibert est cinéaste. Il a notamment réalisé « Etre et avoir », « Retour en Normandie », « La Maison de la radio », « La moindre des choses », « La ville Louvre »… et dernièrement : « De chaque instant »

Le film vu par... Jean-Pierre Thorn, cinéaste.

JEAN-PIERRE THORN : UN FILM A L’HUMOUR RAVAGEUR

Bienvenue à la « capitale de la chaussure heureuse », au « petit Monaco » inventé par Thomas Bata où le mot « collaborateur » prenait tout son sens.

Un film décapant – à l’humour ravageur – qui transgresse allégrement les codes cinématographiques du documentaire et rejoint la comédie musicale (façon Broadway) ou l’ironie grinçante d’un Jacques Tati.

Au son des hymnes d’époque (à la gloire du patron) ou des rythmes jazzy des anges musiciens de l’harmonie d’entreprise (ça ne s’invente pas !), on déambule, en fascinants travellings, dans la « cité du bonheur » où s’épanouissait l’utopie d’un monde de collaborateurs régit par la seule méritocratie quand patrons et ouvriers « allaient au travail comme on va au bal » sur les valses délicieusement grinçantes du compositeur Pascal Comelade.

Une œuvre – incroyablement étonnante et détonante – à l’écriture d’une provocante modernité qui interroge nos fabriques d’utopies des « 30 glorieuses » quand le paternalisme d’une certaine culture d’entreprise rejoint l’incantation à la fortification de la race pour « prouver que la France n’est pas un pays de décadence » et qui, au final, ressemble étrangement aux paradis perdus des films de propagande staliniens.

Une interrogation, on ne peut plus d’actualité, sans jamais sombrer dans un quelconque mépris vis-à-vis de ses protagonistes: « Elles sont épatantes, vous ne trouvez pas, mes ouvrières ?! »

Jean-Pierre Thorn est cinéaste. Il a notamment réalisé « 93 : la Belle Rebelle », « On n’est pas des marques de vélo », « Faire kiffer les anges », « Le dos au mur », « Oser lutter, oser vaincre, Flins 1968 »…

Le film vu par... Isabelle Péhourticq, éditrice

ISABELLE PEHOURTICQ : BONNES CHAUSSURES, BONNE HUMEUR !

Au commencement furent des pieds. Des pieds à chausser, des milliards de pieds à travers le monde. Alors, par le seul pouvoir de son Verbe, Tomas Bata, le Créateur, fit jaillir dans les années 30, en plein cœur de la campagne mosellane, une usine de chaussures des plus modernes et surtout, une ville entière pour y faire vivre ses ouvriers. Une cité plus radieuse que celle de Le Corbusier, plus pimpante et fonctionnelle que le familistère de Guise… Bref, une utopie réalisée. Une utopie ? Voire…

D’emblée, le réalisateur choisit, non sans perversité, d’imposer la voix off du démiurge ressuscité, de retour sur les lieux d’un paradis perdu aujourd’hui rendu à la nature. Cette voix off est l’élément majeur d’un dispositif singulier qui va mettre au jour les failles d’une organisation sociale aux rouages bien huilés. Trop bien huilés.

Plus mégalomane mort que vivant – il se prend pour Dieu -, Tomas Bata pilote le spectateur dans tous les lieux archétypaux de la mythologie batavillienne : l’usine, la salle des fêtes, la piscine… Mais le temps a fait son œuvre, et ces lieux ont disparu ou ont perdu de leur prestige. Qu’importe : la piscine désaffectée est suggérée par un plan du plongeoir, une serviette ; la salle des fêtes défraîchie par des couples de danseurs… Les maisons identiques sont balayées par un travelling interrompu de temps à autre pour permettre à Dieu/Bata de saluer ses employés, dont les gestes (tailler une haie, tondre le gazon) sont aussi apprêtés que le décor qui les entoure. Les sourires doivent être radieux, l’omniscient Monsieur Bata vous regarde.

Les témoins de l’Age d’Or – le chef du personnel, ex-sergent recruteur, les ouvrières, les sportifs du club de Bataville – sont filmés en plan fixe dans le décor symbolique de leur ancien lieu de travail, figés comme sur un portrait à l’ancienne. Tout droit sortie des premiers films parlants, une voix triomphante renforcée par des cartons écrits en pleins et en déliés introduits les anciens salariés l’un après l’autre. La hiérarchie est respectée : « le » chef du personnel, « l’ » entraîneur, pièces irremplaçables de l’encadrement, ont droit à l’article défini. Quant à l’ouvrière, pièce interchangeable de l’outil de production, elle n’est qu’« une » ouvrière. Dans cet au-delà muséifié, les rapports de classe se sont naturalisés.

À en croire Dieu, Bataville fut une cité de rêve : comment contester le bonheur lorsque le soleil brille, que les pelouses rutilent et que les hymnes à la gloire de Bata interprétés par la fanfare et la chorale retentissent à chaque séquence ? A contrario, en contrechamp, les images lugubres des marais d’aujourd’hui où, plan du site entre les mains, les anciens Batavillois errent désorientés…

Nulle voix discordante n’est tolérée. L’un des témoins a-t-il le culot d’évoquer les bénéfices qu’ont empochés les actionnaires ? Son propos est interrompu par Dieu lui-même. Des entretiens avec les ouvrières, le montage final conserve l’évocation de la dureté des tâches, mais insiste davantage sur le plaisir de travailler ensemble. Ces paroles réjouissent le Créateur, dont la vision de l’entreprise exige l’adhésion enthousiaste de tous. Qui oserait parler d’aliénation ?

Mais l’utopie a fait long feu. Avec le verbe de Bata, le « piège » du dispositif filmique se referme : les haut-parleurs de s’éteignent plus, mitraillant des sermons apologétiques sur les bienfaits du travail et du sport, ou des slogans aux relents totalitaires (« Ne soyons pas en verre, mais en acier ! »1).

Témoignages sous contrôles, films d’archives complaisants, reconstitutions de scènes idéalisées… Le malaise se dessine. La polychromie éclatante des images, les flonflons de la fanfare finissent par rendre insupportable le paternalisme Bata. On se croyait chez Jacques Demy, on se retrouve dans la série Le Prisonnier… Perdue au milieu des champs, Bataville est plus que jamais une ville-prison. Ses anciens habitants ne pourront s’en échapper que pendant le sommeil de Dieu, la nuit venue, un flambeau à la main.

1 Dans le film, les maximes et citations de Tomas Bata sont extraites de l’ouvrage « Chausser les hommes qui vont pieds nus, Bata-Hellocourt, 1931-2001 », Alain Gatti, Ed. Serpenoise.

Isabelle Péhourticq est éditrice responsable des documentaires et des livres-CD aux éditions Actes Sud Junior, et auteur de romans. Elle est aussi critique indépendante de cinéma : son texte est paru dans “Hors Champ”, le quotidien des Etats Généraux du film documentaire de Lussas.

Le film vu par... Anne-Laure Farges, rédactrice

ANNE-LAURE FARGES : FRANCOIS CAILLAT FAIT REVIVRE LES FANTÔMES

La grande armée du travail.

Dans Bienvenue à Bataville, François Caillat décrit l’empire de Tomas Bata en le ressuscitant par le biais d’une voix off. Il opte pour un dispositif entre fiction et documentaire mettant en scène des tableaux où les acteurs rejouent le passé de façon artificielle avec des couleurs exagérement fausses. Ce parti pris, s’il peut déranger à première vue, est en fait un coup de génie : dénoncer de l’intérieur l’utopie de Toma Bata. Le récit est entrecoupé d’interviews d’anciens ouvriers, d’images d’archives et sonores et de ces fameuses scènes qui servent davantage à illustrer ce que Bata le créateur a imaginé, qu’à reconstituer une réalité dépassée. Rien ne parait réel tant Bataville est construit comme l’oeuvre d’un seul homme, mégalomane et paternaliste.

Situé en Moselle, Bataville semble tout droit sorti d’un roman de science-fiction dont le slogan serait “le bonheur est obligatoire”. L’homme qui “voulait chausser l’humanité”, voulait aussi imposer sa notion de bonheur à sa “famille” d’ouvriers. Bataville, ce sont donc des pavillons et des habitations pour eux, des complexes sportifs pour les garder en pleine santé, des concerts obligatoires et des médailles de mérite. En somme, Bataville s’érige en exemple de ville-forteresse où les vassaux-ouvriers servent leur seigneur, en échange de quoi ils obtiennent une assurance de bonheur minimal (un toit, un salaire, quelques loisirs). Le tout, loin du monde extérieur comme pour mieux contrôler ses salariés forcément reconnaissants de tous leurs avantages. C’est le principe même de la servitude volontaire et, comme dit le chef du personnel avec conviction : « les gens ont besoin d’être dirigés ». A Bataville, on dirige même leur vie.

Mais quels sont donc les principes fondateurs du bonheur made by Toma Bata ?

Une femme discrète, un homme agréable.

En 1931, Toma Bata s’appuie sur l’exemple de la modernité de Ford pour imaginer sa cité idéale, partant du postulat que pour que chacun travaille efficacement, il doit avoir des droits élémentaires, comme un foyer propre et bien tenu, des loisirs, pratiquer du sport et reconnaître à son patron son sens de la justice. Tout est dès lors pensé pour éviter les révoltes, éloigner les pensées ou les comparaisons avec un autre monde quelques kilomètres plus loin. Bataville est né, ses pelouses trop vertes ont poussé autour des étangs, sa fanfare joue pour distraire et battre le temps et ses maisons se construisent comme autant de petites prisons. Nul besoin de se tourner vers un autre lieu, Bataville vous offre tout ce qu’il vous faut. Il vous suffit de rester un bon ouvrier, de vous fatiguer à la tâche pour être davantage récompensé, recevoir la signature de votre contremaître et vous obtiendrez tout le bonheur que Monsieur Bata a inventé pour vous.

Une école de la vie.

Personne ne se plaint à Bataville, tout le monde est heureux. Il n’y a qu’à les écouter, vous verrez bien que le bonheur est simple. Il y en a qui se plaignent ? Qui évoquent la pénibilité du travail, la perversité paternaliste de Bata ou les profits réalisés ? Coupez le son qu’on ne les entende pas !

François Caillat choisit de censurer ses interviews pour mieux servir la construction d’un système qui s’auto-détruit de l’intérieur. Il a cependant volontairement conservé quelques paroles qui nous rappellent l’humanité des Batavillois derrière leur louange, leur souffrance, leur épuisement, leurs larmes, leur résignation. On pense en ce sens à un autre film sur un monde imaginaire, Disneyland, mon pays natal d’Arnaud des Pallières. Ce dernier, soumis à la censure de Disney,  parvint, tout en respectant leur charte, à détourner son Voyage-Voyage (programme d’Arte) et dénoncer la cruauté inhérente à l’artifice de la machine Disney. Il n’eut pas le droit, par exemple, de filmer les personnages de trop près pour ne pas briser la magie, mais lorsqu’il filme Blanche-neige derrière des barreaux ou les larmes des enfants perdus entre leur émotion et leurs peurs, ou encore la solitude d’un vieil homme qui tourne seul dans les tasses d’Alice, le ton est donné. Le pays des rêves ressemble à un cauchemar tant tout est faux, lisse et sans vie.

Bata veut croire que Bataville est une école de la vie pour ses employés/ habitants. Mais de quelle vie parle-t-il ? De celle que lui en grand marionnettiste a conçue ?

Tu n’adoreras qu’un seul Dieu !

Il ne reste rien de Bataville aujourd’hui, les pelouses ont perdu leurs couleurs, les ouvriers leur travail et l’utopie du bonheur a laissé place aux mauvaises herbes.

“ Bienvenue à Bataville ” est aussi une parabole de notre société consumériste où nous sommes finalement tous les marionnettes d’un grand théâtre, où l’avoir finit par éteindre l’être, et si nous avons davantage d’ouverture, de choix et de possibles, qu’en faisons-nous vraiment ? Le film questionne bien au-delà de cette utopie. Si François Caillat fait revivre les fantômes c’est peut être aussi pour nous rappeler qu’ils flottent encore parmi nous.

Anne-Laure Farges, formée en réalisation documentaire aux Ateliers Varan, a été responsable éditoriale de la plateforme VOD Les Manufactures (Editions Montparnasse). Elle travaille comme conceptrice rédactrice en communication à Loulipo. Elle est également scénariste et réalisatrice.

Contacts et liens : production, diffusion, distribution

 

BIENVENUE A BATAVILLE (90’)
Supports disponibles : DCP/ Beta num/ DVD/ fichiers
Le film existe en version française ou en version anglaise

Distribution, diffusion du film :
Tempo Films
Contact : tempofilmsprod@gmail.com

Location du film pour séances collectives (secteur culturel) :
Contact : cinema.documentaire@laposte.net

DVD pour usage privé :
Contact : cinema.documentaire@laposte.net

DVD, vente en librairie : Paris, Librairie Potemkine
www.potemkine.fr

Version anglaise (dialogues sous-titrés, voix off anglaise de Michaël Lonsdale) :
Contact : cinema.documentaire@laposte.net

Location et projections publiques en bibliothèques et médiathèques
Images de la culture (CNC)

Dans la presse

Libération

« Bienvenue à Bataville » n’est pas tout à fait un documentaire. C’est plutôt le film qu’on attendait sur la fin du travail en tant que valeur, et qui n’en redeviendra jamais une parce qu’on s’est trop foutu de nous.
(Éric Loret, Libération, 19.11.2008)

L’Humanité

François Caillat nous montre ici, dans des couleurs saturées chaleureuses, un univers concentrationnaire dont les barreaux seraient peints en bleu ciel (…) Nous sommes chez le Demy des Demoiselles de Rochefort, chez le Tati de Playtime, dans Le Prisonnier ou The Truman Show (…) La référence revendiquée par l’auteur n’est autre que Brigadoon, la comédie musicale de Vicente Minelli. Qu’on puisse s’inspirer d’une telle œuvre pour réaliser un documentaire nous enchante (…) Bataville, c’est du Lumière qui aurait été filmé par Méliès.
(Jean Roy, L’Humanité, 19.11.2008)

Les Cahiers du cinéma

Scrutateur habile et attentif du passé, filmeur de la disparition, François Caillat
tente, pour sa première sortie en salle, l’exploration de voies narratives originales.
Au docu attendu, industriel et industrieux, le documentariste substitue la
restitution primesautière d’une utopie paternaliste.
(Thierry Meranger, Les Cahiers du cinéma, décembre 2008)

Il était une fois au cinéma

n nous dressant en creux le portrait d’un patron à la papa (…), le magnifique
film de François Caillat se promène dans ce qui reste de l’empire Bata et interroge
les survivants. Il nous montre alors une sorte de « meilleur des mondes » (…)
Avec sa mise en scène glacée, ses couleurs proprettes, ses entretiens sans effet
scénographique, sobres et quasiment sociologiques, François Caillat nous livre un
film passionnant pour qui veut comprendre les extrémités du capitalisme revu par le paternalisme. Prolétaires de tous les pays, allez voir Bataville !
(Max Mejean, Il était une fois au cinéma, novembre 2008)

CRITIKAT

Réflexion ludique mais dérangeante sur la « servitude volontaire », Bienvenue à Bataville porte un regard critique sur le capitalisme paternaliste (…) On a alors l’impression de se plonger dans une banlieue lénifiante de Weeds ou d’American Beauty, quelque part entre AB Productions et Jacques Tati.
(Emmanuel Didier, CRITIKAT, 18.11.2008)

Liaisons sociales magazine

Ce documentaire est un coup de maître : au-delà de l’analyse réussie du paternalisme, il transgresse les codes du genre, mêlant images d’archives, reconstitution façon comédie musicale et humour à la Tati. Un bijou.
(Anne Fairise, Liaisons sociales magazine)

Le Point

François Caillat reconstruit l’utopie de Tomas Bata avec un dispositif astucieux :
une voix off dévolue au démiurge Bata, des lieux à la « Amélie Poulain », des
archives et les témoignages des anciens… la nostalgie fonctionne à plein. Celle
 d’un temps avant la crise, les multinationales…
(François-Guillaume Lorrain, Le Point)

www.zerodeconduite.net

Porté une voix-off autoritaire et péremptoire, qui dirige le spectateur là où elle a
envie de le mener, Bienvenue à Bataville est un documentaire comme on n’a pas 
l’habitude d’en voir.
(www.zerodeconduite.net)

www.avoir-alire.com

Entre les embardées poétiques (on pense parfois aux Revenants de Robin
Campillo) et l’enquête documentaire scrupuleuse, Bienvenue à Bataville revient
sur une des dernières utopies du monde du travail en France… Cette poésie amère
anime ainsi une oeuvre dont la matière didactique aurait donné ailleurs un
documentaire carré mais sans finesse.
(Baptiste Drake, www.avoir-alire.com)

Sciences Humaines

Le documentaire de François Caillat, dans un style parfois proche de la comédie
anglaise, ausculte cette utopie sociale et réunit les témoignages de ceux qui y
vécurent. Il en résulte un film étrange, presque dérangeant, tant le réalisateur
débusque la servitude volontaire derrière la félicité batavilloise.
(Aurélien Lester, Sciences Humaines)

Dernières Nouvelles d’Alsace

La critique se fait ici de l’intérieur, le système s’auto-dégrade à l’instant qu’il se dévoile : longs travellings mélancoliquement kitsch sur des familles ostensiblement heureuses, des jeunes filles en fleurs et des hommes aux statures de héros prolétaires ; plans fixes fantomatiques, bal des spectres ; reconstitutions au millimètre, et cependant étrangement instables, d’un système comme suspendu dans un espace-temps évanoui. Les déviants, bien sûr, en sont éliminés sans scrupule. On croyait être dans un film de Jacques Tati, on se retrouve chez Georges Orwell : Bataville est la chronique de mutiples servitudes consenties, et avec le sourire. D’ailleurs, est-ce bien un documentaire ? Ou plutôt la fiction rejouée, par ses protagonistes même, d’un fantasme totalitaire qui se donnait, et continue de se donner, des airs de rationalité bonhomme ? Le vrai, c’est que Bataville est ni plus ni moins qu’un film moins qu’un film d’horreur. On s’y fera donc très peur, avec plaisir et pas mal d’humour, en sortie alsacienne-lorraine à partir du 7 mai, avant une distribution dans le reste de la France en septembre prochain.
(Jérôme Mallien, Dernières Nouvelles d’Alsace, 2.05.2008)

English / Español

Tomas Bata, the man whose dream it was to shoe humanity, conducted a daring economic and social experiment in 1932 when he set up a model community around one of his shoe factories in the Lorraine region of France.
Now, seventy years on, the ruins of this totalitarian paradise still bear testimony to the exuberances and excesses of paternalism.
A tale of imposed happiness…

(remplissage en cours)