{"id":351,"date":"2018-03-05T00:02:35","date_gmt":"2018-03-04T23:02:35","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiscaillat.com\/?p=351"},"modified":"2018-05-16T15:24:27","modified_gmt":"2018-05-16T13:24:27","slug":"projet-de-cinema-memorial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/2018\/03\/05\/projet-de-cinema-memorial\/","title":{"rendered":"Projet de cin\u00e9ma m\u00e9morial"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section bb_built=\u00a0\u00bb1&Prime;][et_pb_row][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime;][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb3.2.1&Prime;]<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on parle de \u00ab\u00a0lieu de m\u00e9moire\u00a0\u00bb, on \u00e9voque un lieu propice \u00e0 accueillir une s\u00e9dimentation\u00a0: du pass\u00e9, des souvenirs, de la rem\u00e9moration\u2026 C\u2019est-\u00e0-dire une fabrication de m\u00e9moire. Il y a lieu de m\u00e9moire lorsqu\u2019il y a lieu de se souvenir.<\/p>\n<p>On sait que les lieux de m\u00e9moire ne sont pas n\u00e9cessairement affect\u00e9s d\u2019un m\u00eame coefficient de visibilit\u00e9. Tous ne se laissent pas admirer, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019Arc de Triomphe (m\u00e9moire orgueilleuse des victoires napol\u00e9oniennes) ou de la Tour Eiffel (m\u00e9moire dress\u00e9e de la modernit\u00e9). Il existe en effet des lieux de m\u00e9moire plus modestes, tels les monuments aux morts de chaque commune fran\u00e7aise. Il existe aussi des lieux de m\u00e9moire d\u00e9pourvus de toute monumentalit\u00e9, anonymes, presque insignifiants. Par exemple, \u00e0 courte distance du M\u00e9morial de Caen, qui comm\u00e9more le d\u00e9barquement du 6 juin 1944, on trouverait moulte lieux\u00a0\u2013 pr\u00e9s, b\u00e2tisses, fermettes\u00a0\u2013 qui portent en eux la m\u00e9moire de ce jour. Ils en portent la m\u00e9moire incontestable puisque l\u2019\u00e9v\u00e9nement (tel ou tel \u00e9pisode de cette journ\u00e9e du 6 juin) s\u2019y est v\u00e9ritablement d\u00e9roul\u00e9. En regard du M\u00e9morial de Caen\u00a0\u2013 reconstitution a posteriori, lieu symbolique de m\u00e9moire\u00a0\u2013 ce sont l\u00e0 des lieux r\u00e9els. Et pourtant, paradoxalement, ces lieux sont devenus muets sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement pass\u00e9 (route anonyme, champ ordinaire) tandis qu\u2019un autre lieu s\u2019est attribu\u00e9 leur fonction m\u00e9moriale dans une mise en sc\u00e8ne publique. Ainsi le lieu de m\u00e9moire s\u2019est-il d\u00e9plac\u00e9 de son terrain d\u2019origine vers son terrain de repr\u00e9sentation\u00a0: l\u2019\u00e9v\u00e9nement est devenu monument, le visible a d\u00e9sert\u00e9 le r\u00e9el pour investir le symbolique\u00a0\u2013 au prix, certes, d\u2019un tour de passe-passe topologique puisque le d\u00e9barquement du 6 juin 1944 n\u2019a pas eu lieu devant le M\u00e9morial de Caen, pas plus que le soldat inconnu n\u2019est mort en haut des Champs Elys\u00e9es\u2026<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de travailler sur des lieux de m\u00e9moire anonymes et banals recoupe cette relation visible\u00a0\/ non visible. Il s\u2019agirait d\u2019explorer deux sortes de lieux de m\u00e9moire, chacun \u00e9tant susceptible d\u2019\u00eatre cin\u00e9matographi\u00e9. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on trouverait les \u00ab\u00a0monuments de m\u00e9moire\u00a0\u00bb tels qu\u2019ils figurent dans le patrimoine collectif (toutes tendances confondues\u00a0: du Panth\u00e9on au Sacr\u00e9-Coeur). Ici, la difficult\u00e9 consiste \u00e0 repr\u00e9senter quelque chose qui est d\u00e9j\u00e0 de l\u2019ordre de la repr\u00e9sentation\u00a0: comment mettre en sc\u00e8ne un monument qui est d\u00e9j\u00e0 (par nature) mis en sc\u00e8ne, comment \u00ab\u00a0panth\u00e9oniser\u00a0\u00bb le Panth\u00e9on\u00a0? De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on trouverait les \u00ab\u00a0lieux r\u00e9els\u00a0\u00bb o\u00f9 s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0: des paysages o\u00f9 il n\u2019y a souvent plus grand-chose \u00e0 voir, des espaces rendus muets sur leur pass\u00e9, le champ de Waterloo devenu morne plaine\u2026 Ici, le projet consiste \u00e0 faire revivre ces lieux dans leur histoire, \u00e0 les r\u00e9inscrire dans une filiation, \u00e0 les remettre \u00e0 leur tempo. En v\u00e9rit\u00e9, il s\u2019agit rien moins que de partir du vide pour aller vers le plein.<\/p>\n<p>Partir du vide\u2026 Mais comment faire avec si peu\u00a0? \u00c0 quoi s\u2019accrocher lorsque le pass\u00e9 s\u2019est tellement \u00e9loign\u00e9? Lorsqu\u2019il ne subsiste, de ce passage du temps, qu\u2019une sorte de dissolution, un effacement\u00a0? Il faudrait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cela\u00a0: comment le cin\u00e9ma peut-il parler de l\u2019effacement\u00a0? Et comment peut-il le faire sans risquer \u00e0 chaque instant la falsification\u00a0? Car le \u00ab\u00a0cin\u00e9ma m\u00e9morial\u00a0\u00bb, on s\u2019en doute, fait obligatoirement appel \u00e0 de nombreux fant\u00f4mes\u00a0: il les convoque, les \u00e9coute, leur demande d\u2019intervenir \u00e0 tout propos\u2026 Mais qu\u2019adviendrait-il si certains d\u2019entre eux s\u2019av\u00e9raient, malencontreusement, \u00eatre des fant\u00f4mes de v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de vrais mensonges\u00a0?<\/p>\n<p>Pour que les fant\u00f4mes ne soient pas mensongers, pour qu\u2019une \u00ab\u00a0arch\u00e9ologie imaginaire\u00a0\u00bb conserve sa v\u00e9rit\u00e9, il faut s\u2019int\u00e9resser aux traces. La trace, on le sait, signale le chemin possible du pr\u00e9sent au pass\u00e9. C\u2019est plus qu\u2019un signe, plus qu\u2019un indice. C\u2019est une v\u00e9ritable empreinte, une trace mat\u00e9rielle\u00a0\u2013 un peu comme la griffe du cerf inscrite dans la boue exprime mat\u00e9riellement qu\u2019un animal est pass\u00e9 l\u00e0 (pour peu, bien s\u00fbr, qu\u2019on sache d\u00e9chiffrer le sol). Faire un cin\u00e9ma du lieu de m\u00e9moire exige ainsi de s\u2019appuyer sur des traces mat\u00e9rielles aussi souvent que possible. Mais de quelles traces mat\u00e9rielles parlera-t-on ici\u00a0? Car il en existe toutes sortes qui peuvent orienter le lieu de m\u00e9moire\u00a0: certaines sont \u00e9crites (carnets de routes, ou journaux intimes, relatant un historique du lieu), d\u2019autres sont orales (t\u00e9moignages, ou parcours comment\u00e9s), d\u2019autres encore sont picturales ou photographiques (repr\u00e9sentations du lieu au pass\u00e9, donc preuves par simple comparaison d\u2019images), etc. Il y a \u00e9galement, et c\u2019est ce qui nous int\u00e9resse ici, ce qu\u2019on pourrait appeler des \u00ab\u00a0fragments du d\u00e9cor\u00a0\u00bb\u00a0: morceaux de paysage, route, arbres, maison, etc.\u00a0\u2013 chacun de ces fragments pouvant incarner, \u00e0 lui seul, le pass\u00e9 qui vient jusqu\u2019\u00e0 nous. Autrement dit, il existe, au sein du visible, des figures m\u00e9tonymiques.<\/p>\n<p>\u201cM\u00e9tonymie\u201d (Petit Larousse illustr\u00e9)\u00a0: \u00ab Proc\u00e9d\u00e9 par lequel on exprime l\u2019effet par la cause, le contenu par le contenant, le tout par la partie, etc.\u00a0\u00bb Appliqu\u00e9 \u00e0 notre probl\u00e9matique du lieu de m\u00e9moire, la figure m\u00e9tonymique est l\u2019inscription\u00a0\u2013 partielle mais significative\u00a0\u2013 du pass\u00e9 dans le pr\u00e9sent. Quelques exemples. La nature offre de nombreuses figures m\u00e9tonymiques. Ainsi, dans le monde animal, le l\u00e9zard est une m\u00e9tonymie de la pr\u00e9histoire\u00a0: son corps d\u2019\u00e9cailles exprime la configuration ancienne d\u2019un monde peupl\u00e9 de reptiles ; de m\u00eame le fossile est-il m\u00e9tonymie\u00a0: comme empreinte mat\u00e9rielle d\u2019animal (ou de plante), il transporte \u00e0 lui seul une \u00e9poque et une datation. Quelle serait la m\u00e9tonymie dans le r\u00e8gne cin\u00e9matographique\u00a0? Quand appliquer cette figure \u00e0 l\u2019oeil documentaire\u00a0? Tr\u00e8s exactement, c\u2019est quand le regard se porte sur un \u00e9l\u00e9ment isol\u00e9 du d\u00e9cor, en tant que cet \u00e9l\u00e9ment figure \u00e0 lui seul le pass\u00e9 qui le constituait autrefois. Regardons par exemple ce reste de mur d\u2019usine envahi par la v\u00e9g\u00e9tation\u00a0: il figure qu\u2019une usine se dressait alentour. Regardons cette chemin\u00e9e \u00e0 demi \u00e9croul\u00e9e\u00a0: elle r\u00e9v\u00e8le \u00e0 elle seule l\u2019activit\u00e9 industrieuse dont elle n\u2019\u00e9tait jadis qu\u2019un maillon. Et encore cette chemin\u00e9e, par son c\u00f4t\u00e9 ostentatoire, traduit-elle mieux que tout autre la dimension de l\u2019ensemble\u00a0; mais il est d\u2019autres parties moins symboliques et tout aussi m\u00e9tonymiques. Ainsi le terril minier ornant un paysage du Nord\u00a0: recouvert aujourd\u2019hui de verdure, un peu perdu dans un environnement agricole, il est la figure m\u00e9tonymique du pass\u00e9 charbonnier. Certes on doit savoir interpr\u00e9ter sa forme conique et son d\u00f4me verdoyant (tout comme l\u2019empreinte du cerf dans la boue est lisible par le seul chasseur). Mais pour qui sait voir, ce terril peut traduire la totalit\u00e9 historique du d\u00e9cor qui l\u2019entoure. Point n\u2019est besoin de le compl\u00e9ter par d\u2019autres fragments. Ce terril, petite partie du paysage d\u2019aujourd\u2019hui, figure en m\u00eame temps la totalit\u00e9 du paysage d\u2019autrefois. En lui se c\u00f4toient ainsi la partie et le tout. Sa pr\u00e9sence atteste que \u00ab Le tout est dans la partie\u00bb.<\/p>\n<p>On parle ici d\u2019usine, de chemin\u00e9e, de terril\u2026 Ce sont des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor tr\u00e8s visibles, presque excessifs. Il en est d\u2019autres plus t\u00e9nus, minuscules, presque futiles, qui joueraient aussi bien la partition m\u00e9tonymique. C\u2019est par exemple un bout d\u2019embarcad\u00e8re d\u00e9labr\u00e9 sur une plage, un hangar \u00e9ventr\u00e9 \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un bois, un reste de mirador perch\u00e9 dans un arbre\u2026 Chacun peut figurer une totalit\u00e9 pass\u00e9e, chacun est un fragment qui a la pr\u00e9tention d\u2019\u00eatre un r\u00e9sum\u00e9 complet. Car chacun raconte une histoire, parle de temps anciens, donne une image de ce qui se passait ici autrefois. M\u00eame un petit bois peut signifier qu\u2019il existait jadis une vaste for\u00eat. Ce petit bois, ou m\u00eame cet arbre isol\u00e9, est la figure m\u00e9tonymique d\u2019une for\u00eat qui se dressait jadis. Le projet de \u00ab\u00a0cin\u00e9ma m\u00e9morial\u00a0\u00bb consistera ici \u00e0 montrer cet arbre tel qu\u2019il est isol\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois une r\u00e9duction extr\u00eame de la for\u00eat d\u2019antan et son incarnation parfaite. Car cet arbre isol\u00e9 incarne \u00e0 la fois \u00ab\u00a0tous les arbres\u00a0\u00bb de la for\u00eat, et \u00ab\u00a0le seul arbre\u00a0\u00bb pr\u00e9sent devant nos yeux. Le tout et la partie, le tout dans la partie\u2026 Voil\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment la figure m\u00e9tonymique de ce modeste arbuste.<\/p>\n<p>On conna\u00eet le dicton \u00abDerri\u00e8re l\u2019arbre se cache la for\u00eat\u00bb. Adapt\u00e9 \u00e0 notre dessein m\u00e9tonymique, ce dicton s\u2019av\u00e8re fructueux. Il dit en effet que la for\u00eat est cach\u00e9e par l\u2019arbre et qu\u2019en m\u00eame temps l\u2019arbre est l\u2019indice de cette for\u00eat. Autrement dit, l\u2019arbre masque et r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois. Il est la trace visible de l\u2019invisible. Autrefois l\u2019un et l\u2019autre se r\u00e9pondaient dans l\u2019espace (l\u2019arbre \u00e9tait situ\u00e9 devant la for\u00eat), aujourd\u2019hui l\u2019un et l\u2019autre se r\u00e9pondent dans le temps (derri\u00e8re cet arbre, il y a eu une for\u00eat). Pas d\u2019arbre sans une for\u00eat qui l\u2019ait rendu possible et\u00a0\u2013 inversement\u00a0\u2013 pas de for\u00eat possible sans un premier arbre plac\u00e9 devant nous. Dire ainsi que \u00abL\u2019arbre cache la for\u00eat\u00bb consiste \u00e0 formuler avec beaucoup de pr\u00e9cision la relation pr\u00e9sence\/absence. Du point de vue du \u00ab\u00a0cin\u00e9ma m\u00e9morial\u00a0\u00bb, c\u2019est donner une formulation du travail men\u00e9 sur les lieux de m\u00e9moire\u00a0: comment montrer l\u2019invisible\u00a0? Comment parler de l\u2019effacement\u00a0? Comment reformuler le pass\u00e9, et \u00e0 quelles conditions \u00e9viter la falsification\u00a0? La t\u00e2che de notre \u00ab\u00a0arch\u00e9ologie imaginaire\u00a0\u00bb devient claire\u00a0: elle doit repr\u00e9senter une for\u00eat enti\u00e8re \u00e0 travers ce qu\u2019il en reste\u00a0: un arbre\u00a0; mais, sauf \u00e0 risquer le faux, elle ne peut probablement jamais se passer de cet arbre-l\u00e0.<\/p>\n<p>\u00c9largissons l\u2019enjeu. Est-il possible d\u2019\u00e9tendre la figure de la m\u00e9tonymie \u00e0 des lieux de m\u00e9moire qui ne soient plus g\u00e9ographiques, mais humains\u00a0? Peut-on regarder les visages comme des paysages, d\u00e9chiffrer les corps en d\u00e9tail, faire une topologie du vivant\u00a0? Peut-on, dans un projet de \u00ab\u00a0cin\u00e9ma m\u00e9morial\u00a0\u00bb, consid\u00e9rer chaque individu comme une parcelle du pass\u00e9\u00a0? Autrement dit, l\u2019homme peut-il \u00eatre, lui aussi, un lieu de m\u00e9moire\u00a0? La r\u00e9ponse, si elle est positive, consiste \u00e0 montrer en chacun une inscription venue d\u2019antan\u00a0: un signe fantomatique, une manifestation de pr\u00e9sence\u00a0\/ absence, la preuve du travail d\u2019effacement. \u00c0 ce moment, devant nous, dans tel visage pr\u00e9cis, on scrute \u00e0 la fois le nouveau et l\u2019ancien. Le \u00ab\u00a0cin\u00e9ma m\u00e9morial\u00a0\u00bb consid\u00e8re ainsi les hommes comme il consid\u00e8re les lieux\u00a0: il les fait parler, d\u2019autant plus qu\u2019ils sont muets ou pr\u00e9tendent n\u2019avoir rien \u00e0 dire. Ceci, \u00e9videmment, ne concerne pas seulement le discours parl\u00e9. Il faut savoir pr\u00e9senter un visage en cherchant, dans cette pr\u00e9sentation, un indice du pass\u00e9. Comment faire r\u00e9sonner ce visage de ce qui l\u2019habite depuis des mill\u00e9naires\u00a0? Appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019humain, le lieu de m\u00e9moire n\u2019est pas l\u2019effet d\u2019une dissection men\u00e9e par les m\u00e9decins-l\u00e9gistes de l\u2019\u00e2me. Il rel\u00e8ve plut\u00f4t de la g\u00e9n\u00e9alogie. On y consid\u00e8re en effet que l\u2019homme est une figure m\u00e9tonymique de l\u2019humanit\u00e9 pass\u00e9e. L\u2019homme porte la g\u00e9n\u00e9alogie de son pass\u00e9, il est \u00e0 lui seul son propre arbre g\u00e9n\u00e9alogique.<\/p>\n<p>Nous voil\u00e0 revenus \u00e0 \u201cL\u2019arbre qui cache et r\u00e9v\u00e8le la for\u00eat\u201d. Tout homme est un arbre g\u00e9n\u00e9alogique parce qu\u2019il est \u00e0 la fois partie et tout\u00a0: branche et tronc, morceau de la famille et ferment de famille. L\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique dessine en lui un pr\u00e9sent et un pass\u00e9. Le terme de \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9alogie\u00a0\u00bb doit s\u2019entendre ici au sens g\u00e9n\u00e9tique du terme (chacun existe comme nouvelle combinaison h\u00e9r\u00e9ditaire, reformulation originale de composants connus) et, plus encore, au sens de filiation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0: transmission de comportements, d\u2019histoire, de temps\u2026 Autrement dit, c\u2019est la g\u00e9n\u00e9alogie en tant que processus de fabrication de m\u00e9moire. De ce point de vue, on comprend que l\u2019homme soit lui-m\u00eame un lieu de m\u00e9moire, puisqu\u2019il est l\u2019occasion de cette m\u00e9moire\u00a0: d\u00e8s lors qu\u2019il vit, et \u00e9volue dans le temps, il fabrique de la m\u00e9moire, c\u2019est-\u00e0-dire le souvenir du temps auquel il participe et contribue en partie. On admettra donc ais\u00e9ment que, ici encore, \u00abL\u2019arbre cache la for\u00eat\u00bb\u00a0: l\u2019homme cache l\u2019humanit\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019il la r\u00e9v\u00e8le. Il la cache parce qu\u2019il s\u2019installe en avant-plan, comme en exergue (lui, cet homme tout seul, entit\u00e9 unique et parfois exemplaire)\u00a0; mais il la r\u00e9v\u00e8le aussi parce qu\u2019il transporte en lui les caract\u00e9ristiques de ses semblables, et qu\u2019il manifeste ainsi, parfois \u00e0 son insu, qu\u2019il est la totalit\u00e9 des hommes du seul fait de cette parent\u00e9. Le voil\u00e0 arbre et for\u00eat \u00e0 la fois. Homme seul et humanit\u00e9 au complet.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0cin\u00e9ma m\u00e9morial\u00a0\u00bb doit s\u2019emparer de cette relation pr\u00e9sence\u00a0\/ absence pour interroger les hommes comme des figures m\u00e9tonymiques\u00a0: chacun est une partie repr\u00e9sentative du tout, chacun est pr\u00e9sent \u00e0 la condition d\u2019\u00eatre parent des absents. Et le moindre vivant devient un fragment des morts. Dans sa mise \u00e0 jour du pass\u00e9, l&rsquo;\u00a0\u00bbarch\u00e9ologie imaginaire\u00a0\u00bb fabrique alors une dramaturgie humaine. Elle met \u00e0 jour des strates, elle fait une topologie feuillet\u00e9e du vivant, elle donne \u00e0 chacun une valeur d\u2019exemplarit\u00e9 autant que de singularit\u00e9. L\u2019enjeu d\u2019une telle d\u00e9marche consiste \u00e9videmment \u00e0 montrer (cin\u00e9matographiquement) l\u2019homme dans sa dimension proprement historique. N\u2019oublions pas les pr\u00e9alables\u00a0: pour qu\u2019il y ait de la m\u00e9moire, il faut qu\u2019il y ait \u00e0 la fois du semblable et du diff\u00e9rent, du m\u00eame et de l\u2019autre, de la continuit\u00e9 et de la rupture\u00a0\u2013 la m\u00e9moire \u00e9tant pr\u00e9cis\u00e9ment la comparaison en acte de ces diff\u00e9rents \u00e9tats. Voil\u00e0 pourquoi un \u00ab\u00a0cin\u00e9ma m\u00e9morial\u00a0\u00bb est un cin\u00e9ma qui privil\u00e9gie la dimension historique de l\u2019homme. Il veut montrer son inscription dans le monde.<\/p>\n<p><em>Texte de Fran\u00e7ois Caillat paru sous le titre \u00ab\u00a0Le tout est dans la partie\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em><em>Journal de l\u2019Association des cin\u00e9astes documentaristes ADDOC.<\/em><\/p>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><div class=\"et_pb_row et_pb_row_0 et_pb_row_empty\">\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t<\/div> Lorsqu\u2019on parle de \u00ab\u00a0lieu de m\u00e9moire\u00a0\u00bb, on \u00e9voque un lieu propice \u00e0 accueillir une s\u00e9dimentation\u00a0: du pass\u00e9, des souvenirs, de la rem\u00e9moration\u2026 C\u2019est-\u00e0-dire une fabrication de m\u00e9moire. Il y a lieu de m\u00e9moire lorsqu\u2019il y a lieu de se souvenir. On sait que les lieux de m\u00e9moire ne sont pas n\u00e9cessairement affect\u00e9s d\u2019un m\u00eame [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"on","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","wds_primary_category":0,"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[],"class_list":["post-351","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes-publies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/351","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=351"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/351\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=351"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=351"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiscaillat.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=351"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}